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Combien mettre de côté pour son épargne de précaution : le calcul en mois de dépenses

« Trois à six mois de salaire » : le conseil circule partout et il est faux sur deux points. Voici le vrai calcul de votre matelas de sécurité, et où le placer.

Argent 9 min de lecture La rédaction Direct Achat Discount
Combien mettre de côté pour son épargne de précaution : le calcul en mois de dépenses

Le lave-linge rend l'âme, la voiture refuse le contrôle technique, un arrêt de travail tombe au mauvais moment. Ces coups durs n'ont rien d'exceptionnel : ils sont statistiquement certains, seule leur date est inconnue. L'épargne de précaution est exactement ce qui sépare l'incident ennuyeux du découvert qui s'installe. Reste à savoir combien y mettre, et le conseil que vous avez sûrement entendu est mal formulé.

L'erreur du « X mois de salaire »

On lit partout qu'il faut « trois à six mois de salaire de côté ». La formule est populaire parce qu'elle est simple, mais elle vise à côté pour une raison de fond : ce n'est pas votre salaire qu'un coup dur vous fait perdre, c'est votre capacité à payer vos charges. Or les deux montants n'ont souvent rien à voir.

Prenons deux personnes gagnant exactement le même revenu. La première est propriétaire sans crédit, vit sobrement et dépense 55 % de ce qu'elle gagne ; la seconde loue en zone tendue et consacre 90 % de ses revenus à ses charges. Raisonner en mois de salaire donne à la première un objectif bien trop élevé, elle épargnerait des mois pour rien, et à la seconde un objectif à peu près juste, par pur hasard. Raisonner en mois de dépenses donne à chacune la cible qui correspond réellement à son risque.

    Calculer sa cible en quatre étapes

  1. 1
    Relevez trois mois de relevés bancairesPas un mois isolé, qui serait forcément atypique. Trois mois consécutifs donnent une base fiable et font apparaître les prélèvements trimestriels qu'on oublie systématiquement.
  2. 2
    Triez incompressible / compressibleDeux colonnes, ligne par ligne. La question à se poser pour chaque dépense : « si mes revenus s'arrêtaient le mois prochain, est-ce que je pourrais supprimer cette ligne ? » Si oui, elle sort du calcul.
  3. 3
    Calculez la moyenne mensuelle incompressibleAdditionnez la colonne incompressible sur les trois mois et divisez par trois. C'est votre coût de fonctionnement minimal, le chiffre qui compte vraiment.
  4. 4
    Multipliez par votre nombre de moisTrois mois pour une situation très stable, jusqu'à douze pour un revenu irrégulier. Le tableau ci-dessous vous situe.

Combien de mois selon votre situation

Le nombre de mois de couverture ne dépend pas de votre niveau de revenu mais de deux facteurs : la régularité de vos rentrées d'argent et la rigidité de vos charges. Plus votre revenu est aléatoire et plus vos charges sont incompressibles, plus le matelas doit être épais.

Nombre de mois de dépenses à viser selon le profil
SituationMois de dépensesPourquoi ce niveau
Fonctionnaire ou CDI ancien, locataire sans crédit3 moisRevenu très stable, charges modérément rigides
Salarié en CDI avec crédit immobilier4 à 6 moisLa mensualité de prêt ne se négocie pas en cas de coup dur
Couple à deux revenus salariés3 à 4 moisLe second revenu joue déjà un rôle d'amortisseur
Foyer à revenu unique avec enfants6 moisAucune roue de secours interne, charges familiales rigides
CDD, intérim, période d'essai6 moisInterruption de revenu probable, pas seulement possible
Indépendant, freelance, profession libérale6 à 12 moisRevenus irréguliers, délais de paiement, charges décalées
Propriétaire d'une maison ancienne+1 à 2 moisMajoration à ajouter : toiture, chaudière, gros entretien

Ces repères se cumulent : un indépendant propriétaire d'une maison ancienne se situe dans le haut de la fourchette, sans hésitation.

Où placer cet argent : trois critères, dans cet ordre

Une épargne de précaution n'a pas vocation à rapporter : elle a vocation à être . C'est un outil d'assurance, pas un placement. Les trois critères de choix se hiérarchisent sans ambiguïté.

Par ordre d'importance

  1. La disponibilité. L'argent doit arriver sur votre compte courant en 48 heures maximum, sans formalité ni justificatif. Tout produit qui bloque les fonds, même quelques semaines, est disqualifié.
  2. La sécurité du capital. Aucun risque de perte, jamais. Un coup dur survient rarement quand les marchés sont au plus haut, c'est même souvent l'inverse, ce qui vous ferait vendre à perte au pire moment.
  3. Le rendement. Il vient en dernier, et c'est normal. Chercher un demi-point de plus en sacrifiant la disponibilité, c'est perdre de vue la fonction même de ce matelas.

Ce qui convient, ce qui ne convient pas

Adapté à l'épargne de précaution

  • Livrets d'épargne réglementés, défiscalisés et disponibles à tout moment
  • Livret bancaire ordinaire, en complément une fois les plafonds atteints
  • Fonds en euros d'une assurance-vie ancienne, pour la part au-delà des livrets
  • Capital garanti et retrait sans pénalité, la combinaison recherchée

À écarter pour cet usage

  • Actions, ETF, unités de compte : le capital peut chuter au mauvais moment
  • Plan d'épargne en actions : fiscalité pénalisante en cas de retrait précoce
  • Épargne salariale bloquée, indisponible hors cas de déblocage prévus
  • Immobilier, même en parts : totalement illiquide à court terme
  • Compte courant : disponible, certes, mais l'argent y est trop tentant

Un détail pratique compte beaucoup : logez cette épargne sur un support distinct de votre compte courant, et de préférence dans un établissement où vous n'avez pas votre carte bancaire au quotidien. La friction est votre alliée. Un argent trop accessible se grignote sans qu'on s'en aperçoive, et le matelas se retrouve vide le jour où il devait servir. À l'inverse, si vous épargnez aussi pour vos enfants, ces flux doivent rester séparés : notre article sur le livret d'épargne enfant et son plafond traite d'un objectif différent, qui ne doit jamais servir de réserve d'urgence familiale.

Comment la constituer quand le budget est serré

La difficulté n'est presque jamais de comprendre le principe : c'est de dégager la somme. Trois mécanismes fonctionnent bien mieux que la bonne volonté mensuelle, parce qu'ils retirent la décision du chemin.

Les méthodes qui tiennent dans la durée

  • Le virement automatique le jour de la paie. Programmez-le à la date de versement du salaire, pas en fin de mois. Ce qui reste en fin de mois est toujours plus faible que ce qu'on avait prévu d'épargner : inversez l'ordre.
  • Le pourcentage plutôt que le montant fixe. Un pourcentage de vos revenus s'ajuste seul aux mois fastes et aux mois creux, ce qui le rend beaucoup plus tenable qu'un montant rigide que vous finirez par suspendre.
  • L'affectation des rentrées exceptionnelles. Prime, remboursement d'impôt, cadeau, revente d'un objet : dirigez-en une part vers le matelas avant qu'elle ne se dilue dans le quotidien. C'est le levier le plus rapide.
  • Le recyclage d'une charge qui disparaît. Un crédit consommation qui se termine, un abonnement résilié : continuez à « payer » le même montant, mais vers votre épargne. Votre budget ne sent rien passer, puisqu'il était déjà calibré.
  • La revue annuelle du montant cible. Vos dépenses évoluent, déménagement, naissance, nouveau crédit. Une cible calculée il y a quatre ans ne correspond plus à rien. Refaites le calcul une fois par an, en même temps que le tri de vos factures et relevés bancaires.
3 à 6
mois de dépenses incompressibles, la fourchette de référence
1 000-1 500 €
le premier palier, qui absorbe déjà la plupart des imprévus
48 h
le délai maximal de disponibilité des fonds
6 à 12
mois à viser pour un indépendant aux revenus irréguliers

Les erreurs qui vident le matelas

  • Confondre épargne de précaution et épargne projet. Les vacances, la voiture ou la cuisine neuve sont des projets datés, qui se financent sur une enveloppe distincte. Mélanger les deux revient à ne plus savoir ce qui est disponible pour un vrai coup dur.
  • Viser trop haut et ne jamais commencer. Une cible à cinq chiffres décourage. Le premier palier atteint vaut infiniment mieux que la cible parfaite jamais entamée.
  • Placer le matelas en Bourse pour « le faire travailler ». Le rendement supplémentaire est marginal à cette échelle, et le risque de devoir vendre en baisse est bien réel.
  • Ne jamais reconstituer après usage. Utiliser son épargne de précaution est normal, c'est même sa raison d'être. La faute serait de ne pas relancer les virements ensuite : reprogrammez-les le jour même de la dépense.
  • Oublier de la réévaluer. Un crédit immobilier ou une naissance font bondir les dépenses incompressibles. La cible doit suivre, sinon la couverture réelle fond en silence.
  • Négliger le taux d'endettement en amont. Un budget structurellement trop tendu rend toute épargne impossible : le sujet se règle en amont, comme l'explique notre article sur le calcul du taux d'endettement.
L'épargne de précaution n'a pas à être rentable. Elle a seulement à être là le jour où tout le reste ne l'est pas.
, Le principe du matelas de sécurité

En résumé : comptez en mois de dépenses incompressibles et non en mois de salaire, situez-vous entre trois et douze mois selon la stabilité de vos revenus, commencez par un premier palier atteignable, et placez le tout sur un support disponible et garanti. C'est le socle sur lequel repose tout le reste d'une situation financière saine. Nos autres guides pour décider avec les bons chiffres vous attendent dans la rubrique Argent & Assurance.

Vos questions sur l'épargne de précaution

Le montant dépend entièrement de vos dépenses, pas de vos revenus. Calculez vos charges mensuelles incompressibles, logement, énergie, assurances, alimentation, transport, crédits, puis multipliez par trois si votre situation est très stable, par six pour un foyer à revenu unique ou un contrat précaire, jusqu'à douze pour un indépendant. Un même montant peut être largement suffisant pour l'un et nettement insuffisant pour l'autre.
Constituez d'abord le premier palier de 1 000 à 1 500 €, puis attaquez les dettes les plus coûteuses, crédits à la consommation, découverts, paiements fractionnés, dont le coût dépasse toujours ce que rapporte un livret. Une fois ces dettes chères éteintes, complétez le matelas jusqu'à votre cible. Sans ce premier palier, le moindre imprévu vous replonge dans le crédit et annule vos efforts.
Non, et c'est l'un des rares points sur lesquels il n'y a pas de nuance. Un coup dur survient sans prévenir, parfois au moment précis où les marchés baissent, un plan social et une crise économique arrivent rarement séparément. Vous seriez contraint de vendre à perte. L'épargne de précaution vise la disponibilité et la garantie du capital ; le rendement se cherche sur la part de patrimoine que vous n'aurez pas à mobiliser en urgence.
Arrêtez d'alimenter ce matelas et redirigez vos virements vers vos autres objectifs : épargne projet, épargne longue, préparation de la retraite. Continuer à empiler sur un livret déjà suffisant vous fait perdre du rendement inutilement. Pensez simplement à réévaluer la cible une fois par an, ou à chaque changement notable de situation.
Peu importe le nombre de supports, ce qui compte est le total et son accessibilité aux deux personnes en cas de besoin. Beaucoup de couples optent pour un compte commun dédié, éventuellement complété par une petite réserve individuelle. Le calcul, lui, se fait sur les dépenses du foyer entier, en tenant compte du fait qu'un couple à deux revenus supporte mieux la perte de l'un d'eux qu'un foyer à revenu unique.
Absolument pas, c'est exactement ce pour quoi elle existe. La seule erreur serait de ne pas la reconstituer : reprogrammez vos virements automatiques dès la dépense effectuée, quitte à réduire temporairement d'autres postes. Considérez la reconstitution comme une charge prioritaire, au même titre qu'une facture, jusqu'au retour à votre cible.
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