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Logement et droits

La trêve hivernale 2024 : Quelles sont les nouveautés à connaître ?

Dates, exceptions, dettes de loyer et démarches : ce qu’il faut retenir de la trêve hivernale 2024 pour locataires comme propriétaires.

Argent 11 min de lecture La rédaction Direct Achat Discount
La trêve hivernale 2024 : Quelles sont les nouveautés à connaître ?

La trêve hivernale suspend, en principe, les expulsions locatives forcées pendant la période froide. Elle ne fait toutefois ni disparaître une dette de loyer ni cesser une procédure judiciaire : en 2024, la distinction entre un locataire en difficulté et un occupant entré par effraction est plus déterminante que jamais.

5 mois
durée habituelle de la suspension des expulsions forcées
1er nov. – 31 mars
période légale de référence, sauf texte exceptionnel
2 mois minimum
délai ordinaire après un commandement de quitter, avec exceptions et décisions judiciaires possibles
0 initiative privée
expulsion, coupure ou changement de serrure autorisé sans procédure

Trêve hivernale 2024 : de quelles dates parle-t-on ?

L’expression « trêve hivernale 2024 » désigne généralement la période allant du 1er novembre 2023 au 31 mars 2024 inclus. Durant ces cinq mois, l’exécution forcée d’une expulsion d’un logement est suspendue dans la plupart des situations locatives. Une expulsion programmée ne peut donc, en principe, pas être réalisée avec le concours de la force publique avant le 1er avril.

Ce mécanisme, prévu par le Code des procédures civiles d’exécution, vise à éviter qu’une personne ou une famille ne se retrouve sans solution d’hébergement durant l’hiver. Il ne doit pas être confondu avec une annulation de l’expulsion ou avec une suspension générale des obligations du locataire. Le jugement, le bail, les relances et la dette continuent d’exister.

Les nouveautés importantes à connaître en 2024

Le calendrier habituel de la trêve n’a pas été bouleversé. Le changement le plus concret, perceptible en 2024, tient surtout au cadre renforcé autour de l’occupation illicite et à la nécessité de distinguer précisément les situations. Les règles ne s’apprécient pas de la même façon selon qu’il s’agit d’un locataire dont le bail est résilié après des impayés, d’un ancien locataire qui reste dans les lieux ou d’une personne entrée dans un domicile ou un local par voie de fait.

Les réformes récentes destinées à accélérer la lutte contre le squat ont conforté un traitement spécifique des occupations obtenues par manœuvres, menaces, violences, effraction ou contrainte. Dans ces cas, la protection de la trêve peut être écartée. Cela ne signifie pas qu’un propriétaire peut agir seul : il doit toujours suivre la voie adaptée, judiciaire ou administrative selon la situation, et obtenir l’intervention des autorités compétentes.

Locataire en impayé ou squatteur : deux situations à ne pas confondre

Locataire ou ancien locataire

  • A occupé les lieux à l’origine avec un bail, une autorisation ou un titre.
  • Peut être protégé par la trêve contre l’expulsion forcée, même si un jugement d’expulsion existe.
  • Reste redevable des loyers, charges ou indemnités d’occupation et doit répondre aux actes reçus.
  • Peut solliciter des délais, un accompagnement social et, selon son dossier, des aides au maintien ou au relogement.

Occupant entré par voie de fait

  • Est entré sans droit avec effraction, violence, menace, manœuvre ou contrainte, selon les circonstances établies.
  • Ne bénéficie pas automatiquement de la suspension hivernale de l’expulsion.
  • Peut relever d’une procédure d’évacuation administrative ou judiciaire spécifique.
  • N’autorise jamais le propriétaire à se faire justice lui-même : police, préfecture, commissaire de justice et juge ont chacun un rôle encadré.

Attention aux raccourcis : l’absence de bail écrit ne prouve pas, à elle seule, un squat. Une sous-location irrégulière, une colocation mal formalisée, un hébergement familial qui se prolonge ou le maintien dans les lieux après la fin d’un bail exigent une analyse des faits et des documents. Employer à tort le terme « squatteur » peut conduire à une procédure inadaptée.

Qui est protégé, et dans quels cas la trêve ne s’applique pas ?

La protection vise principalement l’occupant d’un logement faisant l’objet d’une mesure d’expulsion. Elle peut concerner un locataire du parc privé ou social, ainsi que les personnes vivant avec lui. Elle est particulièrement importante lorsqu’un jugement a résilié le bail en raison d’impayés : la dette et la décision demeurent, mais l’expulsion forcée est habituellement différée jusqu’à la fin de la période.

Il existe toutefois des exceptions. La loi prévoit notamment des cas où la trêve ne s’applique pas, en particulier lorsque l’occupation résulte d’une entrée par voie de fait. Elle peut également ne pas jouer lorsqu’un relogement décent correspondant aux besoins du foyer est effectivement assuré, ou dans certaines situations particulières prévues par les textes et appréciées par le juge. Les logements étudiants, les logements de fonction ou les hébergements temporaires peuvent obéir à des règles particulières selon le contrat et la décision rendue.

Effet de la trêve selon la situation rencontrée
SituationEffet habituel de la trêvePoint de vigilance
Locataire avec des impayés, bail en coursPas d’expulsion forcée pendant la périodeLe loyer courant, les charges et les démarches judiciaires ne sont pas suspendus
Bail résilié par un juge, occupant encore présentExpulsion matérielle généralement reportéeUne indemnité d’occupation peut continuer à courir après la résiliation
Procédure d’expulsion en préparationLa procédure peut souvent se poursuivreNe pas ignorer un commandement, une assignation ou un courrier du commissaire de justice
Occupation obtenue par effraction ou contrainteProtection hivernale susceptible d’être écartéeLa qualification des faits et la procédure choisie sont décisives
Occupant avec relogement effectif adaptéException possibleLe relogement doit être réel et compatible avec la situation du foyer

Ce tableau donne des repères généraux. La décision dépend du titre d’occupation, du jugement, des faits établis et des mesures de relogement éventuellement proposées.

Ce qui continue pendant la trêve : loyer, dette et procédure

La trêve ne transforme pas un loyer impayé en dette effacée. Si vous êtes locataire, continuez à régler le loyer courant dès que votre budget le permet, même si vous ne pouvez pas apurer immédiatement les arriérés. C’est souvent l’élément le plus utile pour démontrer votre bonne foi et éviter que la dette ne s’aggrave mois après mois.

Lorsqu’un bail a été résilié, le loyer peut être remplacé par une indemnité d’occupation fixée ou appréciée dans le cadre de la procédure. Son montant est fréquemment proche de l’ancien loyer et des charges, mais il dépend du dossier et de la décision. À cela peuvent s’ajouter des frais de procédure encadrés, des intérêts éventuels et, dans certains cas, les conséquences sur une caution solidaire. Il est donc risqué d’attendre la fin de la trêve sans ouvrir de discussion.

Les conséquences financières à anticiper
PostePendant la trêveRéflexe utile
Loyer et charges courantsRestent dus selon le bail tant qu’il n’est pas résiliéPrioriser ce paiement pour limiter l’aggravation de la situation
Arriérés de loyerRestent exigibles et peuvent augmenterProposer un échéancier que vous pouvez réellement tenir
Indemnité d’occupationPeut être due après la résiliation du bailLire attentivement le jugement et demander une explication en cas de doute
Aides au logementPeuvent être maintenues, suspendues ou régularisées selon la situationPrévenir sans délai l’organisme payeur et le bailleur
Frais de procédureVariables selon les actes et les décisionsDemander le détail des sommes réclamées, sans accepter un montant incompris

Ne signez pas un plan de remboursement irréaliste : un accord non tenu peut fragiliser davantage votre dossier.

Locataire : les démarches urgentes pour sortir de l’impasse

L’erreur la plus coûteuse consiste à ne plus ouvrir les courriers. Un commandement de payer, une assignation devant le juge, une décision de justice ou un commandement de quitter comportent des délais. Les laisser passer peut réduire vos possibilités de demander un délai, de contester une somme erronée ou de présenter votre situation sociale au bon moment.

    Plan d’action dès le premier incident de paiement

  1. 1
    Faire l’état des lieux de votre detteRassemblez bail, quittances, décompte du bailleur, relevés de paiement, justificatifs de ressources et de charges. Vérifiez que les sommes demandées correspondent bien au logement et à la période concernée.
  2. 2
    Prévenir le bailleur par écritExpliquez brièvement la difficulté, indiquez ce que vous pouvez payer immédiatement et proposez un calendrier réaliste. Conservez une copie de tous vos échanges.
  3. 3
    Stabiliser le paiement courantMême un versement partiel clairement identifié ne remplace pas le loyer, mais il peut matérialiser vos efforts. Privilégiez un moyen de paiement traçable.
  4. 4
    Mobiliser les aides et l’accompagnementContactez rapidement une assistante sociale, votre caisse d’allocations, le fonds de solidarité pour le logement de votre département et un point d’information logement.
  5. 5
    Réagir à chaque acteEn cas d’assignation ou de jugement, demandez conseil sans tarder auprès d’une ADIL, d’un avocat, d’une association spécialisée ou du service social. Présentez vos justificatifs et votre plan de régularisation.

Documents à préparer pour défendre ou régulariser votre situation

  • Le bail, les éventuels avenants et l’état des lieux d’entrée.
  • Les trois à six derniers justificatifs de revenus, d’allocations et de charges essentielles.
  • Les quittances, relevés bancaires ou preuves des paiements déjà effectués.
  • Tous les courriers du bailleur, du commissaire de justice, du tribunal et des organismes sociaux.
  • Un budget mensuel simple et un projet d’échéancier chiffré mais soutenable.
  • Tout justificatif expliquant la baisse de ressources : perte d’emploi, maladie, séparation, retard administratif ou autre événement subi.

Propriétaire : agir légalement sans compromettre votre dossier

Pour un bailleur confronté à des impayés, la trêve peut être frustrante, mais elle n’interdit pas d’agir. Elle doit être mise à profit pour sécuriser les pièces, vérifier le décompte, solliciter les garanties éventuellement prévues et engager ou poursuivre la procédure dans les formes. Un dossier rigoureux est plus utile qu’une pression informelle qui pourrait se retourner contre vous.

Il est interdit de reprendre le logement sans titre exécutoire et sans intervention régulière : changement de serrure, enlèvement des meubles, intrusion, coupure d’électricité, d’eau ou de chauffage afin de faire partir un occupant sont des pratiques dangereuses juridiquement. Même lorsque l’occupant n’a plus de droit au maintien dans les lieux, seule la procédure permet une reprise sécurisée.

Accord amiable pendant la trêve : un choix souvent pertinent, mais à encadrer

Les plus

  • Peut préserver une relation locative lorsque l’incident est temporaire.
  • Réduit souvent les délais, les frais et l’incertitude d’une procédure contentieuse.
  • Permet d’adapter les remboursements aux capacités réelles du ménage.
  • Facilite une régularisation avant que la dette ne devienne trop lourde.

Les moins

  • Un accord vague ou seulement oral est difficile à prouver et à suivre.
  • Un échéancier trop généreux peut exposer le bailleur à une dette croissante.
  • Il ne convient pas si l’occupant ne répond plus, conteste sans élément ou ne respecte aucun engagement.
  • Il ne dispense pas de préserver ses droits et de respecter les délais prévus par le bail et la loi.

Un accord écrit doit indiquer au minimum le montant de l’arriéré retenu, la somme versée immédiatement, l’échéancier, la date de paiement mensuelle et le traitement du loyer courant. En cas de caution, d’assurance loyers impayés ou de garantie publique, vérifiez les conditions de déclaration : certains dispositifs imposent des délais et des justificatifs précis.

Les erreurs à éviter de part et d’autre

Les faux bons réflexes les plus fréquents

  • Pour le locataire : croire que la trêve annule les loyers, attendre avril pour chercher une solution ou quitter les lieux sans organiser la remise des clés et le décompte final.
  • Pour le propriétaire : qualifier sans preuve toute occupation de squat, menacer de couper les fluides ou accepter des paiements sans établir de suivi précis.
  • Pour les deux parties : se contenter de promesses téléphoniques. Une proposition écrite, datée et documentée évite bien des malentendus.
  • Pour les proches cautions : ignorer les courriers. La caution peut être directement concernée par les impayés selon la garantie signée.
  • Pour tous : confondre conseil administratif et décision juridique. En présence d’un jugement, d’un titre d’expulsion ou d’une situation complexe, faites vérifier les documents.

Quelles alternatives à l’expulsion ou au maintien impossible ?

Lorsque le budget ne permet plus de conserver le logement, rechercher une sortie organisée est souvent préférable à une procédure longue. Le locataire peut étudier un relogement plus abordable, une mutation dans le parc social lorsqu’elle est ouverte, un hébergement temporaire ou l’accompagnement du service social de la commune ou du département. La solution n’est pas nécessairement immédiate, mais l’anticipation élargit les options.

Le fonds de solidarité pour le logement peut, selon les règles locales et la situation du ménage, participer à certaines dettes ou dépenses liées au logement. Les aides au logement, les dispositifs d’accompagnement social et les commissions de prévention des expulsions sont également des interlocuteurs à mobiliser. Ces aides ne sont ni automatiques ni rétroactives dans tous les cas : déposez un dossier complet dès que possible.

Pour une information gratuite et neutre sur les rapports locatifs, les agences départementales d’information sur le logement constituent un bon premier contact. Si la situation implique une assignation, une contestation de dette, un congé litigieux, des violences, une occupation sans titre complexe ou un risque de perte de logement, un conseil juridique individualisé devient indispensable.

Après le 31 mars : ce qui peut se passer

À l’issue de la trêve, une expulsion n’est pas automatique le 1er avril. Elle suppose que les conditions légales soient réunies : décision ou titre exécutoire approprié, actes régulièrement délivrés, délais écoulés et, le cas échéant, concours de la force publique. Le calendrier réel dépend de la procédure, de la préfecture, des recours, des délais judiciaires et de la situation sociale du foyer.

C’est précisément pourquoi la période hivernale doit être utilisée pour résoudre le dossier, pas seulement pour gagner du temps. Un locataire qui a repris le paiement courant, demandé des aides et proposé un plan sérieux peut améliorer ses chances d’obtenir une solution. Un propriétaire qui a documenté la dette et suivi la procédure sans initiative illégale préserve, lui, la solidité de ses démarches.

Questions fréquentes sur la trêve hivernale 2024

Non. Les loyers, charges et arriérés restent dus. La trêve suspend en principe l’expulsion forcée, mais elle n’efface ni la dette ni un jugement éventuel. Il faut continuer à payer le loyer courant dans la mesure du possible et négocier un apurement réaliste.
Oui, les démarches judiciaires et les actes nécessaires peuvent généralement se poursuivre pendant la trêve. En revanche, l’expulsion matérielle avec le concours de la force publique est habituellement reportée jusqu’à la fin de la période, sauf exception légale.
Pas nécessairement. Lorsqu’une personne est entrée dans un logement ou un local par effraction, menaces, violence, manœuvres ou contrainte, les règles d’exception peuvent écarter la protection de la trêve. La qualification juridique des faits reste essentielle et le propriétaire doit suivre la procédure prévue.
Non. Un propriétaire ne peut pas expulser lui-même un occupant, même en cas d’impayés ou de fin de bail. Couper les fluides, changer les serrures ou retirer des biens expose à de graves risques juridiques. Il faut passer par les voies légales.
Ne l’ignorez pas. Vérifiez la date, le jugement auquel il se rapporte et les sommes réclamées. Contactez rapidement une ADIL, une assistante sociale, un avocat ou une association compétente, et préparez vos justificatifs de ressources, de paiements et de difficultés.
Non. La fin de la trêve permet seulement la reprise éventuelle de l’exécution si toutes les conditions de la procédure sont remplies. Il peut rester des délais, des demandes de concours de la force publique, des recours ou des démarches de relogement à examiner.
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